mercredi 21 avril 2010

Un homme en reconstruction

Suite à la lecture du livre "Osti de fife" de Jasmin Roy, la perception de ma propre Vie a prit une autre couleur parce que je viens de faire un dur constat. Inspiré de Jasmin, j'ai envie de partager avec vous mon histoire parce que je comprends maintenant la raison de toutes mes luttes...

Je vais passer par dessus mon enfance, puisqu'elle a été parsemé de douceur et de tendresse, sans doute seule responsable de cette enfance magique qui est encore en moi aujourd'hui...Mais pour l'adolescence, la douceur n'a jamais eu la même odeur ni la même texture...

C'est vers l'âge de 10 ans que j'ai compris que je n'étais pas comme les autres garçons. J'aimais jouer à la Barbie avec ma cousine Mireille, j'aimais les arts beaucoup plus que le sport et les camions Tonka, j'appréciais davantage la compagnie des mes tantes et mes autres cousines, avec qui je parlais de cuisine, de plantes et d'enfants, que celle de mes pairs masculins. Je préférais cuisiner près de ma mère que de fouiller dans un moteur de voiture avec mon père. Et moi aussi, comme plusieurs, j'ai eu mes premiers fantasmes avec G.I. Joe, seul homme viril que je savais discret.

Et c'est vers l'âge de 12 ans que j'ai compris que j'étais différent, mais qu'en plus, cette différence ne faisait déjà pas l'unanimité. Reportons-nous en 1980 !

J'étais assis devant la télé, avec mes parents et nous regardions une série humoristique de l'époque, "Symphorien". Je feuilletais en même temps une revue artistique que ma mère avait l'habitude d'acheter. Et je suis tombé sur une photo d'un groupe populaire des années 70 et 80, Ritchie Family. On y voyait les membres du groupe entourés d'hommes musclés et en sous-vêtements. L'effet ressenti dans mon jeune corps de petit garçon de 12 ans était si dramatique. J'en avais peur, je ne voulais pas ressentir ça. Je savais, à ce moment que j'étais homosexuel. Je venais de le comprendre à cet instant précis de mon enfance. Puis d'un bon, j'ai quitté le salon, j'ai jeté la revue sur le divan et suis monté en flèche vers ma chambre, bousculant mon frère au passage. J'étais si effrayé. J'ai tellement eu peur de moi...

Puis les années ont passées. Au secondaire, évidement, j'ai reçu tous les surnoms qu'on donne aux différents comme moi : "fife", "tapette", "moumoune". Il y a même un professeur d'éducation physique qui m'a dit devant toute la classe, alors qu'il m'avait forcé à grimpé sur une barre fixe qui me faisait extrêmement peur : "Vas-y. Es-tu une fillette pour avoir peur comme ça ?". Ajouté au reste - et pendant cinq ans- je comprends aujourd'hui mon manque d'estime et ce avec quoi j'ai dû travailler fort pour passer par dessus moi-même. Je porte ce fardeau depuis trente ans. Oui, trente longues années à chercher pourquoi je reste bloqué dans mes rêves, mes désirs et mes goûts. J'ai fais mes choix de Vie en fonction des ces mots blessants et ces attitudes de traitres qu'on a eu envers moi durant ce que j'aurais voulu être la plus belle période de ma Vie mais qui a été la pire. Et en plus, elle me suit toujours...

J'aurais souhaité poursuivre des études en théâtre et devenir un grand acteur. C'était mon plus grand rêve. Mais je ne suis jamais retourné à l'école parce que pour moi, ça voulait dire souffrance. J'ai d'ailleurs auditionné à Ste-Thérèse, en 1985 pour étudier en théâtre. Et vous savez quoi ? J'ai été accepté...sur des centaines d'auditions. Mais j'avais trop peur de quitter ma chambre, dans cette campagne lointaine où j'ai vécu toutes les plus grandes étapes de ma Vie. Je n'y suis pas aller par peur. Vous imaginez ! J'ai laissé passer le rêve de ma Vie parce que quelques personnes ont participé au rabaissement de l'être fragile que j'étais. Et aucun adulte ne pouvait prendre ma défense parce que ces adultes ne comprenaient pas eux-mêmes l'homosexualité. Ils la banalisaient, comme plusieurs le font encore aujourd'hui.

Et aujourd'hui, je ne peux entendre le mot "tapette" sans ressentir cette même boule de feu dans mon ventre. Jusqu'à environ 32 ans, quand je marchais et que des jeunes, regroupés, riaient, j'étais convaincu que c'était de moi, comme à l'école secondaire.

J'ai 42 ans. Nous sommes en 2010. J'ai beaucoup d'amis que j'aime et qui m'aiment. J'ai particulièrement beaucoup d'amis masculins hétérosexuels. Et c'est surtout à eux que je veux rendre hommage parce que c'est avec eux que j'ai eu à vivre mon plus grand défi, ayant beaucoup de difficulté à me sentir égaux à eux. J'aimerais les nommer mais je vais les garder pour moi, ils sont trop précieux pour que je les partage...ah ah ah !

Je ne veux pas être une victime et qu'on me prenne en pitié. Mais je veux que les gens comprennent que tout ça n'est pas banale et que maintenant, je suis un homme en reconstruction et que je dois repartir de loin pour revenir à l'essence même de ce que je suis : un petit gars qui aime les arts, jouer au théâtre et qui rêve, encore, d'un grand rôle au cinéma.

L'amour prendra peut-être aussi une nouvelle forme.

Merci de faire parti du même chemin que moi. Je sais que vous avez aussi vos défis à relever.

Soyons ensemble !

Stéphane XX...

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