samedi 15 février 2014

Me sauver la Vie

"Au centre de nous" - oeuvre originale de Castellon


14 février 2014. 23h48.


La St-Valentin s’achève. J’ai passé la journée avec moi-même. Ah oui ! … La soirée aussi, tout comme la nuit de sommeil qui approche, tout comme les dix dernières années qui sont partis. Mais j appris à devenir tellement confortable avec moi, tellement en sécurité qu’il m’est souvent plus facile d’être seul que bien accompagné.

La fête de l’amour, pour moi, cette année, aura été une fête d’amour propre. Une journée où j’ai pris le temps d’aimer qui je suis, dans les moindres instants, de ma première gorgée de café, aux mots que je suis entrain de poser un à côté de l’autre pour exprimer l’émotion du moment…Je viens de pleuré de soulagement à la lecture d’un texte qui a inspiré mon élan d’auteur. C’est l’histoire d’Alexandre Champagne, « J’ai choisi l’amour », qui m’a permis de me sentir soudainement moins seul et mieux accompagné.

Je prends conscience que nous avons tous nos fardeaux et que malgré l’apparence de gens qui semblent vivre dans le bonheur, ce n’est pas toujours ce qui se dissimule derrière ces sourires cachotiers, ces voitures qui embellissent la Vie et l’argent abondant qui enterre parfois, l’authenticité. Ce n’est pas toujours ça pour les autres ni pour moi. Je sais, par maturité sans doute, que tout part de nous et que la seule personne responsable, c’est nous. Personne ni rien d’autre. Certains verront un grave problème lors d’une perte d’emploi, alors que d’autres y trouveront enfin leur liberté. Tout part de nous, de notre perception. Et pourtant, malgré que je sache tout ça et que je me rende le plus responsable possible de ma propre Vie, je n’en demeure pas moins essoufflé parfois, de devoir porter cette charge que sur mes épaules. J’aurais envie d’en déposer un peu sur celle des autres…C’est un peu ce qu’Alexandre a fait ce soir, tout comme ma mère ce matin, mon amie Michou cette semaine, Isabelle et Jean-François, hier soir…Oui, ils en ont pris une partie sur leurs épaules…

Ce soir, je vais dormir le cœur léger et en paix parce que je sais que toutes mes actions et mes pensées d’aujourd’hui m’ont aidé –encore- à me sauver la Vie…

Stéphane

Pour lire le texte d'Alexandre, voici le lien :


http://www.troisfoisparjour.com/articles/jai-choisi-lamour-par-alexandre-champagne

mardi 2 avril 2013

La solitude du changement…



Dans les douze derniers mois, j’ai vécu -et survécu à- une montagne d’émotions de toutes sortes allant de la plus grande joie à la peine la plus dévastatrice. J’ai fait de belles rencontres, j’ai participé à des tournages stimulants, j’ai eu des contrats auxquels je ne m’attendais pas, j’ai passé un été et un automne professionnel très enrichissant. Mais j’ai aussi dû vivre des deuils relationnels. Et c’est là que j’ai appris le plus…

Évidemment, au début, ce n’est pas ce que j’y voyais. Je cherchais surtout un ou une responsable à tous ces malentendus, quelqu’un qui pourrait prendre le blâme. Et j’en trouvais. J’y suis moi-même passé, me rendant coupable de ne pas être l’ami que je devrais être, me trouvant trop exigeant, trop demandant, trop présent, pas assez à l’écoute et seul responsable de la qualité de notre relation. Après avoir pleuré de rage, de colère, de douleur, de désespoir et du manque de justice, je me suis dis (comme je finis toujours pas le faire) qu’il devait bien y avoir là-dedans une grande leçon, un apprentissage plus grand que ceux que j’avais connu avant, pour que ce soit si douloureux.

Et je me suis tourné vers l’intérieur de moi pour y faire le ménage. Un beau gros ménage du printemps !

Souffrir ne m’inspirait plus.

Être triste par les autres, ça ne me donnait plus rien. Entretenir des relations utilitaires (que ce soit l’autre ou moi qui utilisais la relation) ça ne me servait plus. Et j’ai pris conscience de tout ce qui est important dans ma Vie. Ce qui a vraiment de l’importance. J’en ai fait la liste. Ce qui est ressortit m’a fait comprendre que je passais carrément à côté de l’essentiel, que j’avais mis beaucoup trop d’énergie et de temps dans un aspect de ma Vie qui ne me donnait plus rien maintenant. J’avais tout simplement oublié que j’existais. Ah ! J’existais ! Mais pour les autres, pas pour moi.

Les ruptures relationnelles ont été chargées de colère, de mots méchants, durs à entendre et à dire. Mon cœur était déchiré en morceau. Ma Vie semblait s’écrouler. Et pourtant…ce que j’en ai retiré est plus grand que ce qu’on pourrait croire. Dans ces mots blessants se trouvaient des messages tellement important pour ma libération. Et celui que je retiens le plus et qui m’a fait sortir de ma cage, c’est : VOLE DE TES PROPRES AILES !

Aujourd’hui, les relations que j’entretiens avec les autres, les nouvelles comme celles que j’ai CHOISIS, sont vraies, intacts et libres de rester ou de partir. Je ne ressens plus le besoin d’être reçu par l’autre, même si je suis quelqu’un qui aime beaucoup.

Tout ça demande un retour vers soi dans la solitude et la paix. Cette solitude, je la préserve comme un grand trésor que je découvre et qui m’apporte tant de réconfort. On peut prétendre que c’est de l’isolement. Peut-être. Je ne sais pas. Mais je m’y sens très bien. Et ce qui est le plus merveilleux, c’est qu’aujourd’hui, je suis beaucoup mieux entouré que je ne l’ai jamais été avant…

Et je crois être un meilleur ami/fils/frère/cousin/oncle/partenaire et Humain…

jeudi 22 décembre 2011

L’histoire du lave-vaisselle





Chez-moi, j’ai ce qu’on appelle, un tableau d’objectifs de Vie. J’y appose ce que je souhaite être et avoir. Ça peut être matériel ou un état dans lequel j’aimerais me sentir, une rencontre que je souhaite faire ou simplement un petit objet que je demande, seulement pour voir si la magie s’opérera.

Il y a quelques semaines, je faisais la vaisselle (elle s’était BEAUCOUP accumulée) juste avant d’aller aider des amis à déménager. Pendant que je lavais, essuyais, lavais encore et rangeais tout, je me disais qu’un lave-vaisselle serait le bienvenu. J’ai prit un bout de papier sur lequel j’ai écrit tout simplement « lave-vaisselle » dans le but de me trouver une photo à imprimer et à coller sur mon tableau magique en revenant du déménagement.

Je suis donc parti aider mes amis. Nous vidions tout l’appartement jusqu’au sous-sol où des meubles superflus s’y trouvaient. Et dans un coin, j’aperçu un lave-vaisselle visiblement oublié là depuis quelque temps. J’ai donc demandé à mon ami si nous devions l’embarquer. Il me répondit dans l’affirmative, en spécifiant qu’il ne le garderait pas parce qu’il souhaitait s’en procurer un nouveau et donc que celui-ci serait à vendre. J’ai proposé de le prendre et non seulement il m’a été « vendu » très peu cher mais en plus, mon ami est venu me le livrer, avec sa copine. Ils sont resté chez-moi quelques heures à jaser et nous avons passé un bon moment ensemble. Mon père qui sait tout faire, me l’a installé. Ça lui a donné un sentiment de fierté…Tout ça, pour un lave-vaisselle que je souhaitais avoir.

Mon histoire est banale et simple. Mais vous savez, j’ai fait ça avec $1000.00 un jour, et même $10 000.00. Je l’ai aussi fait pour des crises d’angoisses qui se répétaient trop souvent. Je l’ai fait pour une solitude que je voulais apprivoiser, pour des amis honnêtes, aimants et vrais que je souhaitais fréquenter. Je l’ai fait pour des emplois, des places de stationnement, des regards que je cherchaient, de l’amour que je voulais donner, des enfants avec qui je voulais travailler, des spectacles que j’espérais faire, des gens avec qui je voulais chanter, des projets de théâtre que je rêvais de réaliser…

Mon histoire est banale et simple, mais elle fait partie de la Grande Historie de ma Vie qui elle, prend de la grandeur et de la majestuosité…parce que ça aussi, c’est sur mon tableau magique…

Venez manger, j’ai un lave-vaisselle maintenant…

Stéphane

mercredi 2 mars 2011

La force d'une relation solide

J’ai travaillé pendant près de trois ans au même endroit, à cette usine à nourriture pour laquelle j’agissais d’intermédiaire entre la boustifaille et le client heureux de s’y retrouver. J’ose le dire : en 2010, j’ai atteints des ventes de près de $250 000.00. Oui ! 250 000 !!!! Impressionnant n’est-ce pas ? Et je n’étais pas dans les meilleurs. Mais j’ai toujours été à l’heure, propre, rasé, ordonné, présent (pas toujours d’esprit), j’ai aidé mes collègues, tenté de satisfaire du mieux possible. J’ai investi près de trois ans de ma Vie à cet endroit.

Et du jour au lendemain, par l’entremise d’une inconnue mystérieuse venue faire son travail en jugeant le mien, on me bombarde de préjugés, de reproches, de sanctions et de procédures non-respectées, dont celle de dire mon prénom aux clients et proposer « quelque chose de plus à consommer » (je rappelle que j’ai vendu $250 000.00 de beaucoup d’autres choses que ce « plus » sans JAMAIS m’être nommé). « Non, chers ex-patrons ! Je n’ai jamais dit mon nom et ça vous a prit trois ans pour vous en rendre compte. Sans doute ne savez-vous pas vous-même comment je m’appelle ! »

Je vous épargne tout ce qui m’a été dit, mais suite au monologue patronal, je me suis vu quitter cet emploi, après un rapport de cases cochées « oui », cochées « non » remplis par cette mystérieuse dame en noir, comme si je n’avais jamais eu de relation avec la manufacture à bouffe grasse et sans valeurs…nutritives, mais ô combien alléchante.

J’ai par le fait même quitté des collègues de qui j’étais amoureux. Pas tous de grands amis. De Grands Collègues par contre. Pas juste des gens qu’on oublie lorsqu’on les quitte, mais à qui on pense quand on arrive au travail en souhaitant qu’ils ou elles seront là, avec nous. Une deuxième famille ? Oui, un peu. Temporaire, mais tout de même importante. Parmi eux, certains sont devenus des amis intimes. Cet emploi nous aura apporté ça de bon. En tout cas, pour moi…

Mais la relation entre l’usine et moi s’est terminée un peu comme elle avait commencé : sans trop de préliminaires, abruptement, sans mot d’amour et surtout, dénuée de vérité et d’authenticité.

Et depuis mon départ, j’ai beaucoup pensé à mes relations avec les gens, les choses, la nature, moi. J’aime bien entretenir mes relations, prendre des nouvelles, faire le point, les rendre meilleures, organiser des rencontres, rendre service et m’impliquer. J’ai oublié de le faire avec cet emploi pour qui j’étais devenu l’ennemi. Nous tentions de poursuivre notre route ensemble, mais nous ne regardions plus dans la même direction. Et surtout, nous ne nous regardions plus avec amour et tendresse, comme ce fut le cas au début de notre liaison. 

La Vie a de ces messages parfois qu’on ne comprend qu’après quelques coups durs portés sur nous.

Je me suis libéré. Je marche léger maintenant. En quête vers d’autres liens à tisser qui sauront être ouverts à recevoir et à donner. Mon nouveau chemin est déjà parsemés de fleurs neuves. Je ne connais pas encore leur origine, ni même l’intensité du lien qui nous unira. Mais je suis certain d’une chose : je ne laisserai plus jamais une relation s’effriter aux profits du gain…

Stéphane Castellon - 2 mars 2011

mercredi 22 décembre 2010

Nous sommes méfiants


J’attendais le métro depuis quelques minutes. C’était l’heure de pointe et il y avait plusieurs personnes qui attendaient aussi.  Mon manteau d’hiver qui me protégeait de la froideur du début de décembre, mon nouveau foulard que j’arborais fièrement, mes bottes et quelques sacs d’épicerie donnaient à mon corps le sentiment d’être moitié mort de chaleur dans un sauna vapeur. Je sentais un vent chaud sortir de mon tors quand je bougeais. Autour de moi, des travailleurs dont la fin de la journée laissait paraître dans leurs yeux cette envie profonde de se retrouver bien confortables dans l’accueil de leurs maisons. Plusieurs personnes étaient seules, perdues entre leurs deux oreilles bouchées par les écouteurs d’un iPod séparatiste du monde extérieur (ça c’est juste mon opinion !). Quelques étudiants trainaient en groupes épars, criant et exprimant leur présence, cherchant du même coup, l’attention requise pour devenir grand.

L’un d’entre eux, un jeune d’environ 20 ans, s’est approché de moi pendant que je menais un combat amical et non-officiel avec mon nouveau téléphone qui était  -à ce moment- beaucoup plus intelligent que moi. L’étudiant vient donc vers moi et de manière très polie, en me vouvoyant, me demande s’il peut utiliser mon téléphone. WHAT ? Mon nouveau téléphone ? Es-tu malade ? J’te connais même pas ! Toutes ces phrases ont traversé mon esprit, mais heureusement, j’ai un bon fond et ma bouche s’est soudainement soudée.

J’ai donc composé le numéro de téléphone du frère de l’étudiant et lui au tendu une grande partie de ma Vie (je ne connais par cœur que deux ou trois numéros de la centaine que j’ai). Pendant qu’il tenait ma Vie entre ses mains, j’étais tellement méfiant. J’étais près à lui sauter dessus s’il partait en courant. Je savais exactement ce que je ferais si son intention était de me voler mon nouveau jouet. Et il parlait à son frère avec douceur, l’informant de son arrivée au métro Cartier dans les minutes qui suivaient. Et il m’a remis un regard courtois, un sourire reconnaissant et mon téléphone. Intact.

Je me suis demandé pourquoi j’avais été si méfiant. Je me suis demandé pourquoi, les humains, nous en sommes venus à nous méfier autant de nos frères et sœurs. Un ami m’a dit : « Mais tout fait en sorte que on se méfie ». OUCH ! Ça fait mal d’entendre ça, non ?

On se méfie d’un regard trop insistant, d’un sourire offert –bien souvent- gratuitement. On se méfie de cette personne qui, en tentant de gagner sa Vie, nous appelle, la voix tremblante, en nous annonçant la raison de son appel portant sur un simple sondage. On se méfie de cet itinérant remplie du désir de survivre, des ces hommes venus d’autres pays, des ces femmes dont les mœurs sont différentes. On se méfie de l’homosexuel qui invite un hétérosexuel à prendre un verre, en ami, simplement pour faire connaissance. On prend le temps « d’avertir » que les intentions doivent être claires. On se méfie des trop riches ET des trop pauvres. On hésite quelques secondes à parler à ce passant qui vient nous demander la direction pour le centre-ville. On se méfie d’un nom et d’un numéro inconnus qui apparaissent sur notre afficheur, ce filtreur de méfiance.

On se méfie de nous-même. On en a peur, peut-être ?

Je laisse tomber la méfiance que j’ai envers moi-même pour faire place à une grande porte ouverte parce que moi, je n’ai pas envie de croire que « tout fait en sorte qu’on se méfie ».

Paix et Liberté

Stéphane

mercredi 27 octobre 2010

La tarte aux pacanes


J'étais assis dans ce café, coin Ste-Catherine et Alexandre-de-Sève. Cet endroit reconnu pour ses desserts et son ambiance conviviale. Sa clientèle y est davantage masculine. C'est pour ça aussi que j'aime m'y rendre.

Une musique de Björk jouait en fond sonore. Quelques hommes attablés, seuls. Une femme qui semblait perdue dans ses pensées fixait l'extérieur, fourchette vide en main. Près de la fenêtre, un groupe d'hommes. Ce sont eux qui ont surtout attiré mon attention. Dans la soixantaine. Peut-être soixante-dix pour l'un d'entre-eux. Visiblement de bons amis. Peut-être des ex-maris de femmes devenues troublées. Peut-être des pères. Peut-être des ex-pères. Je n'entendais pas leurs propos mais ils semblaient débattre sur des sujets bien banales. Ils étaient enjoués et expressifs, laissant la place à chacun pour s'exprimer.

Ces hommes étaient passés par les interdits des années 50 et 60. Je n'en ai aucun doute. Hommes coquets, leurs regards et leurs mouvements trahissaient une féminité qu'ils ne cachent plus aujourd'hui. Il dégageaient le bonheur. Ils étaient là, dans l'instant. Sauf un des hommes qui me paraissait plus préoccupé.

Je me suis vu en eux. J'ai imaginé ma soixantaine...

J'ai réalisé que c'est dans moins de vingt ans.

Et je me suis demandé si ces hommes avaient atteint tous leurs objectif de Vie. Tous ? Est-ce que ces hommes rêvent encore d'un monde meilleur ? Est-ce qu'ils ont encore envie de gravir une montagne, de visiter la Toscane ou de faire l'amour ? Pour vrai.

Est-ce que moi, j'aurai réalisé mon rêve le plus fou ? Serais-je amoureux et aimé ? Serais-je satisfait des moments présents qui auront précédés cette soixantaine ? Est-ce que je devrais cesser de me poser toutes ces questions ? Et juste ralentir le pas.

La tarte aux pacanes me ramène à l'instant précis de ce moment délectable où toutes les réponses à mes innombrables questions se trouvent. Cet arrêt dans le temps devant l'assiette à dessert m'aura fait prendre conscience que je vivais déjà un des objectifs de ma Vie : manger une tarte aux pacanes !

Stéphane Castellon
ici et maintenant !

mercredi 21 avril 2010

Un homme en reconstruction

Suite à la lecture du livre "Osti de fife" de Jasmin Roy, la perception de ma propre Vie a prit une autre couleur parce que je viens de faire un dur constat. Inspiré de Jasmin, j'ai envie de partager avec vous mon histoire parce que je comprends maintenant la raison de toutes mes luttes...

Je vais passer par dessus mon enfance, puisqu'elle a été parsemé de douceur et de tendresse, sans doute seule responsable de cette enfance magique qui est encore en moi aujourd'hui...Mais pour l'adolescence, la douceur n'a jamais eu la même odeur ni la même texture...

C'est vers l'âge de 10 ans que j'ai compris que je n'étais pas comme les autres garçons. J'aimais jouer à la Barbie avec ma cousine Mireille, j'aimais les arts beaucoup plus que le sport et les camions Tonka, j'appréciais davantage la compagnie des mes tantes et mes autres cousines, avec qui je parlais de cuisine, de plantes et d'enfants, que celle de mes pairs masculins. Je préférais cuisiner près de ma mère que de fouiller dans un moteur de voiture avec mon père. Et moi aussi, comme plusieurs, j'ai eu mes premiers fantasmes avec G.I. Joe, seul homme viril que je savais discret.

Et c'est vers l'âge de 12 ans que j'ai compris que j'étais différent, mais qu'en plus, cette différence ne faisait déjà pas l'unanimité. Reportons-nous en 1980 !

J'étais assis devant la télé, avec mes parents et nous regardions une série humoristique de l'époque, "Symphorien". Je feuilletais en même temps une revue artistique que ma mère avait l'habitude d'acheter. Et je suis tombé sur une photo d'un groupe populaire des années 70 et 80, Ritchie Family. On y voyait les membres du groupe entourés d'hommes musclés et en sous-vêtements. L'effet ressenti dans mon jeune corps de petit garçon de 12 ans était si dramatique. J'en avais peur, je ne voulais pas ressentir ça. Je savais, à ce moment que j'étais homosexuel. Je venais de le comprendre à cet instant précis de mon enfance. Puis d'un bon, j'ai quitté le salon, j'ai jeté la revue sur le divan et suis monté en flèche vers ma chambre, bousculant mon frère au passage. J'étais si effrayé. J'ai tellement eu peur de moi...

Puis les années ont passées. Au secondaire, évidement, j'ai reçu tous les surnoms qu'on donne aux différents comme moi : "fife", "tapette", "moumoune". Il y a même un professeur d'éducation physique qui m'a dit devant toute la classe, alors qu'il m'avait forcé à grimpé sur une barre fixe qui me faisait extrêmement peur : "Vas-y. Es-tu une fillette pour avoir peur comme ça ?". Ajouté au reste - et pendant cinq ans- je comprends aujourd'hui mon manque d'estime et ce avec quoi j'ai dû travailler fort pour passer par dessus moi-même. Je porte ce fardeau depuis trente ans. Oui, trente longues années à chercher pourquoi je reste bloqué dans mes rêves, mes désirs et mes goûts. J'ai fais mes choix de Vie en fonction des ces mots blessants et ces attitudes de traitres qu'on a eu envers moi durant ce que j'aurais voulu être la plus belle période de ma Vie mais qui a été la pire. Et en plus, elle me suit toujours...

J'aurais souhaité poursuivre des études en théâtre et devenir un grand acteur. C'était mon plus grand rêve. Mais je ne suis jamais retourné à l'école parce que pour moi, ça voulait dire souffrance. J'ai d'ailleurs auditionné à Ste-Thérèse, en 1985 pour étudier en théâtre. Et vous savez quoi ? J'ai été accepté...sur des centaines d'auditions. Mais j'avais trop peur de quitter ma chambre, dans cette campagne lointaine où j'ai vécu toutes les plus grandes étapes de ma Vie. Je n'y suis pas aller par peur. Vous imaginez ! J'ai laissé passer le rêve de ma Vie parce que quelques personnes ont participé au rabaissement de l'être fragile que j'étais. Et aucun adulte ne pouvait prendre ma défense parce que ces adultes ne comprenaient pas eux-mêmes l'homosexualité. Ils la banalisaient, comme plusieurs le font encore aujourd'hui.

Et aujourd'hui, je ne peux entendre le mot "tapette" sans ressentir cette même boule de feu dans mon ventre. Jusqu'à environ 32 ans, quand je marchais et que des jeunes, regroupés, riaient, j'étais convaincu que c'était de moi, comme à l'école secondaire.

J'ai 42 ans. Nous sommes en 2010. J'ai beaucoup d'amis que j'aime et qui m'aiment. J'ai particulièrement beaucoup d'amis masculins hétérosexuels. Et c'est surtout à eux que je veux rendre hommage parce que c'est avec eux que j'ai eu à vivre mon plus grand défi, ayant beaucoup de difficulté à me sentir égaux à eux. J'aimerais les nommer mais je vais les garder pour moi, ils sont trop précieux pour que je les partage...ah ah ah !

Je ne veux pas être une victime et qu'on me prenne en pitié. Mais je veux que les gens comprennent que tout ça n'est pas banale et que maintenant, je suis un homme en reconstruction et que je dois repartir de loin pour revenir à l'essence même de ce que je suis : un petit gars qui aime les arts, jouer au théâtre et qui rêve, encore, d'un grand rôle au cinéma.

L'amour prendra peut-être aussi une nouvelle forme.

Merci de faire parti du même chemin que moi. Je sais que vous avez aussi vos défis à relever.

Soyons ensemble !

Stéphane XX...

samedi 27 février 2010

...

Et les vagues font de l'ombre sur mon bateau
Cherchant une proie pour l'engloutir
J'ai un peu peur de toute cette eau
J'ai un peu froid sur mon navire

Et je penche à tribord, j'hésite à bâbord
J'analyse l'horizon trop loin
Des centaines d'oiseaux carnivores
Tentent de me conduire au matin

Et je navigue, je divague, je pleure aussi
Le soleil de fait trop absent
La lune qui devient trop rubis
Ma Vie qui ressemble au néant

Et je m'épuise, je laisse tomber mon gouvernail
La houle me porte vers je ne sais où
Ma Rose des Vents est en bataille
Mais ce sera mieux que n'importe où

Et l'étoile allume enfin le soleil éteint
J'ouvre les yeux, j'ouvre mon coeur
C'est avec mes doigts que je peints
La toile dont jadis, j'avais peur

Elle est belle, elle est oeuvre, elle est ce que je suis
Du bleu ici, du jaune par là
Des chansons trouvées dans un cri
Et l'Amour qui à jamais vivra...

Et je navigue parmi les autres voiles
Cherchant l'oiseau des Amours
Et je dessine sur une grande toile
Celui que je cherche depuis des jours

Et je lance des bouteilles pleines de chansons
Paroles cachées depuis longtemps
Mais le verre casse à l'occasion
Et les mots se noient pendant que j'attends

Et le Goëland me lance un sourire
Voilà l'espoir qui rejaillit
J'avais pourtant vu le pire
Et la chanson nage enfin sur la Vie

L'inconnu, derrière sa voile, est discret
Il regarde de loin les oiseaux
Et je suis là, satisfait
De ma bouteille dans ses yeux...

Stéphane Castellon

mardi 15 septembre 2009

Réussites vs Échecs


Il est 21h. Nous sommes mardi. Je me suis versé un verre de porto vingt ans avant de m’installer devant l’écran pour écrire et déverser mon besoin d’auto-reconnaissance.

Ce matin, j’ai débuté la journée avec un sentiment d’échec. Encore. Et durant toute la journée qui a suivi, j’ai songé à mes réussites, question d’oublier mon sentiment.

Et ce soir, mon verre de porto à mes côtés, j’en fais la liste :

- à 11 ans, j’ai fait mon premier spectacle de magie devant 400 personnes
- à 22, mon premier one man show devant près de 800 personnes.
- j’ai interviewé Céline Dion à trois reprises
- à 25 ans, j’ai affirmé mon homosexualité avec courage et tendresse
- j’ai fait un voyage de trois mois au Mexique pour donner un sens à ma Vie
- j’ai chanté devant 10 000 personnes à l’été 2009
- mes parents sont toujours ensemble
- j’ai un appartement de rêve
- j’ai la meilleure amie au monde. Michou, je t’aime !
- j’ai une autre meilleure amie au monde. Isabelle, je t’aime !
- je pleure en ce moment et j’ose le laisser sentir
- j’aime celui que je suis et j’ose l’affirmer
- j’ai côtoyé Heat Ledger et Richard Gere pendant une journée
- j’ai pissé à côté de Scott Speedman (ah ah !)
- j’ai tourné avec Dustin Hoffman, Paul Giamatti et Minnie Driver
- je suis resté le cœur dans l’amour depuis janvier 2009, malgré la colère
- à mon premier vernissage, en 2004, j’ai vendu 18 des 19 toiles exposées.
- depuis, plus de 50 personnes ont une de mes œuvres chez-eux
- les hommes qui me faisaient peur, aiment être à mes côtés aujourd’hui
- j’ai donné mon chien Péki à un vieux couple
- j’ai aimé profondément et pour vrai
- j’ai sauvé un homme du suicide
- j’ai pardonné plus d’une fois
- je suis un bon ami
- je french bien (hé hé !)
- je sais aimer…etc…

Et pourtant, ce matin, en me disant que je vivais encore un échec, je pensais à Lui qui ne m’a pas choisi, à L’Autre qui m’a dit non, à Celui-là qui a refusé mon amour, à Cet Autre qui m’a aimé et est parti et à Tous Ceux-là qui semblent ne pas vouloir me voir quand je passe.

Quand je regarde mes réussites, je comprends que je suis plus victorieux que je ne le pense et que mes échecs ne sont que des expériences de plus pour m’aider à grandir et à m’aimer. Ce soir, ma grande réussite et de voir dans mes yeux l’étincelle qui reste toujours allumée…

Stéphane XX…

lundi 15 juin 2009

Faire place au vide

« Ayez un esprit silencieux ». Ce sont les paroles d’un sage indien que je viens de découvrir, Krishnamurti (merci Daniel pour cette découverte). Il dit que nous devons arriver à avoir un esprit silencieux pour pouvoir nous reconnecter à nous-mêmes.


Sans m’en rendre compte, dans les derniers mois, j’ai essayé de rendre mon esprit silencieux et vide. Mais je dois le dire, la tâche est ardue. D’abord parce que, comme pour la majorité des humains, je ne vis pas dans un chalet en forêt, sans eau, ni électricité et surtout, je ne vis pas seul sur cette planète. Les influences sont nombreuses et surtout, je ne souhaite pas devenir un moine sage, dans sa belle tunique, à ne faire que des saluts au soleil à tous les matins et à contempler les oiseaux et les petits verres de terre en me disant qu’il n’y a rien de plus merveilleux…ah ah ah !


Oui, j’aime la nature. Et grâce à mes amies Isabelle et Michou, je prends de plus en plus conscience de cette beauté qui nous entoure et qui en plus, nous parle quand on sait l’écouter.


Mais malgré que je ne sois pas porter vers le « moinisme », j’aime bien tous mes moments de recueillement dans lesquels je reviens vers moi pour repartir vers de nouvelles aventures.


Dans quelques jours, je déménage. J’ai choisi d’aller vivre ailleurs, dans un nouveau quartier, avec des gens autour, de l’action. La raison en est bien simple : ma Vie commençait à ressembler à celle d’un nouveau moine…ah ah ah !


Dans ce nouvel appartement, qui a brûlé et a été rénové, personne n’y a habité depuis des mois. Tout est neuf, du plancher au plafond, en passant par la robinetterie, les armoires, les luminaires. Absolument tout. Ils ont converti ce quatre et demi en loft. À ma première visite, j’ai su tout de suite que c’était chez-moi. J’aime l’espace, la luminosité, la cours arrière, l’odeur du neuf.


Et j’aime surtout ce vide. Vide d’objets, vide de présence, vide de moi-même et vide d’espace de rangement. Ben oui. Un loft, y a rarement beaucoup d’espace de rangement. Ce qui m’a porté à revoir la nécessité de garder certains objets. Depuis des semaines, je fais le ménage dans ce que je possède. Pas besoin de vous nommer tout ce dont je me suis défait, y compris des objets auxquels je tenais, jadis.


Je suis heureux de constater que je ne pourrai plus entreposer des « choses inutiles », que dans les recoins de ma Nouvelle Maison, il n’y aura rien d’autre que du vide pour que je puisse m’y retrouver, y respirer librement. Je suis heureux de voir que tous ces objets, vêtements que je ne porte plus, ensemble de vaisselle en grande quantité, souvenirs qui ne servent qu’à rester accrocher à hier, vieilles factures qui me rappellent mes soucis financiers du passé, photos franchement sans importance, etc, représentent ce qui se cachait dans les recoins de mon esprit. Ce vide que je fais physiquement se transpose doucement dans mon cœur et dans mon esprit que je sens de plus en plus libres de tout.


Je suis allé souvent dans mon nouvel appartement durant le dernier mois pour y faire quelques travaux extérieurs (hey, j’ai une cours quand-même…ah ah ah !) et à chaque fois, je m’y sentais bien, comme si j’habitais déjà dans cet endroit. Bien sûr, j’aime le confort et c’est avec impatience que j’ai hâte d’être installé pour vrai. Mais je laisse une grande place au vide, question d’avoir la liberté de m’y retrouver quand j’en aurai envie.


J’ai bien hâte de vous inviter dans ma Nouvelle Maison…


Stéphane XX…